Funèrailles de S.A.S. Le Prince Rainier III
MONACO
Vendredi 15 Avril
Homélie de Mgr Bernard BARSI, Archevêque de Monaco
Réconforté par le sacrement de l’onction des malades et une particulière bénédiction apostolique du Pape Jean-Paul II, soutenu par l’affection de sa famille et les prières du peuple Monegasque, Rainier III, Louis, Henri, Maxence, Bertrand, Prince Souverain de Monaco s’en est allé paisiblement à la rencontre de son Seigneur, ce mercredi de Pâques, 6 avril 2005.
Depuis un mois, S.A.S. le Prince Rainier III luttait contre la maladie et malgré les soins attentifs d’une équipe médicale dévouée et compétente, cette mort à laquelle nous ne voulions pas croire est arrivée, plongeant dans le chagrin et le deuil, ses enfants, petits-enfants, sa famille, les Monégasques, les habitants et tous les amis de la Principauté.
Au
cours des 56 ans de ce règne, un des plus longs de l’histoire multiséculaire
des Grimaldi de Monaco, le Prince Rainier avait su tisser des liens profonds
avec son peuple. Pour chacun d’entre nous, le Prince était certes le Souverain
de l’Etat, mais également un ami, un membre de notre famille. Lui-même
l’affirmait, dans son allocution de la Fête Nationale 2003 : « Les Princes de Monaco ont toujours
considéré que les Monégasques et les résidents établis constituaient une
famille unique autour d'eux. » Aussi, aujourd’hui, notre communauté se
sent orpheline de ce grand homme qui nous a aimés et que nous avons respecté et
aimé.
Nous
communions dans une même peine, mais nous sommes unis dans une même prière.
Prière reconnaissante en faveur du Prince Rainier III afin que Dieu l’accueille
auprès de Lui dans la vie éternelle et supplication pour ses enfants, S.A.S. le
Prince Albert II, S.A.R. la Princesse Caroline de Hanovre, S.A.S. la Princesse
Stéphanie, ses sept petits-enfants, S.A.S. la Princesse Antoinette, sa soeur et
leurs familles. Ensemble, nous demandons à Dieu de leur accorder la force pour
surmonter la douleur de la séparation d’avec un père, un grand père, un frère,
un parent aimant qui a toujours cherché à rassembler autour de lui, les siens.
Pour le Chrétien, la mort est passage vers Dieu, à la suite du Christ. Les prières que l’Eglise adresse à Dieu expriment cette foi en la résurrection. Dans les honneurs qu’elle rend au défunt, l’Eglise se souvient de tout ce qu’il y a eu de vrai, de beau et de grand dans la vie de celui qui est allé à la rencontre du Christ, elle y reconnaît des signes de l’amour de Dieu.
Selon la formule officielle «Rainier III, par la grâce de Dieu, Prince Souverain de Monaco », le Prince s’est identifié totalement à sa mission, cherchant sans cesse le bonheur des hommes et des femmes de la Principauté. L’action qu’il a déployée est considérable et il nous faudra du temps pour en mesurer pleinement l’étendue, car le Prince Rainier a résolument fait entrer Monaco dans le 3° millénaire.
Au plan intérieur, celui que familièrement on a appelé le « Prince bâtisseur » a transformé Monaco. Alors que l’histoire des peuples nous apprend que ceux-ci ont repoussé les limites de leurs territoires à la suite de guerres ou de conflits violents, lui, dans la paix et la concorde, au terme d’un chantier titanesque a accru le territoire national de 20%. Cet espace gagné sur la mer, aura permis de créer et de développer une vie économique susceptible d’offrir un avenir aux enfants de la Principauté. Selon le souhait du Prince, exprimé maintes fois, il a désiré que ce développement économique accompagne un progrès social au bénéfice des nationaux comme des étrangers qui résident ou travaillent en Principauté.
Le Prince Rainier a doté notre pays d’une Constitution et d’instruments juridiques qui permettent à Monaco d’être, avec ses spécificités, un état de droit, une démocratie, capable de relever les défis du lendemain
Pour être complet – mais est-ce possible, en ce moment ? - il faudrait évoquer l’engagement du Prince dans les domaines scientifiques, de l’aide humanitaire, de la préservation de l’environnement, de la culture, des arts, de l’éducation, du sport, etc.
Sur le plan international, le Prince Rainier III qui lors de la 2° guerre mondiale a participé à la libération de la France et de l’Europe a constamment œuvré pour garantir l’indépendance et la souveraineté de son pays. Sous son règne, Monaco est devenu membre de l’Organisation des Nations Unies, du Conseil de l’Europe et de quantité d’organismes internationaux. Grâce à sa ténacité, la Principauté est aujourd’hui un Etat moderne que l’ensemble des nations du monde reconnaît pour son dynamisme et sa sagesse
Cet essor faisait la fierté du Prince Rainier. Lors de la Fête Nationale 2003, la dernière qu’il ait présidée personnellement, il affirmait : « Notre stabilité, notre prospérité et notre rayonnement sont le fruit de l'harmonieuse conjugaison, de l'heureuse complémentarité des activités de chacun, du produit de nos efforts et de l'équilibre des rapports entre tous, monégasques et résidents, sous la bannière unique et séculaire d'un pouvoir souverain largement et volontairement "éclairé" ».
Le Prince Rainier III aimait contempler la nature. Il savait, très certainement, que les grands arbres des forêts ont besoin de racines profondes pour s’élever bien haut vers le ciel et étendre leurs rameaux sur la terre. Dans l’exercice de sa haute mission, notre Prince a su cultiver les racines et les valeurs spirituelles qui ont fondé et gardé Monaco au long des siècles : ardeur pour la patrie, unité du peuple autour de la Famille régnante, amour de la liberté et fidélité à la foi catholique. Par la recherche du bien commun, une gestion sage, le sens du devoir et l’honnêteté intellectuelle, le Prince Rainier III a assuré le présent et l’avenir de la Principauté.
Aujourd’hui, avec une immense reconnaissance, nous recueillons cet héritage que nous avons le devoir de faire fructifier.
Si le Prince Rainier était un souverain aimé et entreprenant, il n’était pas moins un homme, un époux, un père attentif et un grand père affectueux. Sa famille le pleure. Il y a 49 ans, presque jour pour jour, dans cette même cathédrale, il épousait S.A.S. la Princesse Grace, trop tôt disparue à nos yeux. Avec la Princesse, il a formé un couple exceptionnel, uni par le cœur et l’esprit. Soutenu par la tendresse de ses enfants et la ferveur de ses sujets, le Prince a porté avec dignité la terrible épreuve de la mort brutale de son épouse. Désormais, nous sommes convaincus que ceux qui ont été unis ici-bas par la fidélité de leur amour conjugal sont à jamais réunis dans la plénitude de l’amour de Dieu.
L’évangile que nous venons d’entendre nous rapporte un dialogue entre Jésus et Marthe, la sœur de Lazare qui vient de mourir depuis quatre jours.
Jésus n’était pas présent au moment de la mort de son ami. Sa venue à Béthanie est bien tardive, aussi Marthe lui fait part de sa désillusion : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ».
Marthe, en effet, a le sentiment que Jésus l’a abandonnée dans son deuil. Elle n’espère pas en une quelconque résurrection, sinon au dernier jour, néanmoins elle presse Jésus d’intercéder auprès de Dieu pour elle-même et pour sa soeur Marie.
Avec délicatesse, Jésus va aider cette femme qui souffre à progresser sur le chemin de la vraie foi : « Moi, je suis la résurrection et la vie ».
Maintenant
que Jésus est là, la résurrection n’est plus liée à un avenir lointain,
indéterminé car « celui qui croit
est passé de la mort à la vie (1 Jn 3,14) ».
La mort n’est pas une vraie mort, Jésus en témoigne lui-même : « Lazare, notre ami, s’est endormi » (Jn 11,4). Parce que Jésus est la vie, la source vive : « ceux qui auront entendu la voix du Fils de Dieu, vivront » (Jn 5,26).
A condition de croire en lui, Jésus, notre vie, (cf. Col. 3,4), par sa mort sur la croix et sa résurrection au matin de Pâques, nous fait partager sa victoire sur la mort. C’est pourquoi Jésus demande à Marthe si elle croit sincèrement que celui qui a la foi ne peut pas mourir éternellement. La femme répond alors par une triple profession de foi : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant, celui qui vient » (Jn 11,32).
Cette foi en la résurrection de Jésus et en notre propre résurrection, le Prince Rainier III, depuis son baptême, la partageait avec l’Eglise. Il avait compris que, quoi qu’il en soit de l’amertume de la séparation, la mort est un passage à la suite du Christ. Il avait saisi que depuis le jour de Pâques, la mort a pris un sens nouveau, celui d’une espérance en Dieu qui veut que l’homme vive pour toujours. A chaque messe du dimanche où il participait régulièrement, le Prince proclamait, dans le Credo, sa foi, la foi de l’Eglise : « J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir ».
Comme tout baptisé, au milieu de ses joies et ses peines, le Prince Rainier s’est efforcé de mener son existence sous le regard de Dieu. Si, un jour ou l’autre, le doute ou l’hésitation l’ont atteint, il s’est toujours souvenu de la devise que ses ancêtres Grimaldi lui avaient léguée : « Deo juvante ». Avec l’aide de Dieu, tout est possible à celui qui place sa confiance dans le Seigneur Jésus.
Se rappelant certainement que la Principauté elle-même était née au XIII° siècle de la fidélité de la famille Grimaldi au Siège Apostolique, le Prince Rainier a toujours entretenu d’excellents rapports avec le Saint Siège. Depuis le Pape Pie XII jusqu’au regretté Jean-Paul II, il a rencontré régulièrement tous les successeurs de l’apôtre Pierre qu’il admirait pour leur rayonnement spirituel, pastoral et moral.
Répondant avec empressement à l’invitation du Concile Vatican II qui demandait aux autorités civiles de renoncer à leurs droits et privilèges quant à la nomination des évêques, des curés et chapelains, le Prince négocia avec le Saint Siège, une nouvelle convention qui garantit à l’Eglise de Monaco, une pleine indépendance.
Son
attachement à l’Eglise s’est encore exprimé dans la rédaction de la
Constitution de Monaco. Selon sa volonté expresse, il fit inscrire dans la loi
fondamentale, l’article 9 qui déclare que « la religion catholique,
apostolique et romaine est religion d’Etat ».
Enfin, comment ne pas évoquer sa prédilection pour la Vierge Marie qu’il lui plaisait de prier au sanctuaire voisin de N.D. de Laghet ou lorsqu’il se trouvait dans sa résidence de Marchais à N.D. de Liesse.
Le
Prince Rainier aimait tout autant Sainte Dévote, patronne de la Principauté, de
la Famille princière et de l’archidiocèse. En juin 2003, à l’occasion de
l’ouverture de la célébration du XVII° centenaire du martyre de cette jeune fille,
venue de Corse, malgré sa fatigue, il a tenu à accompagner les pèlerins de
Monaco sur l’île de Beauté. Ce jour-là, notre Prince a connu un grand bonheur,
il était au milieu de son peuple pour un temps fort de foi et de prière.
« Heureux les morts qui s’endorment dans le Seigneur. Qu’ils se reposent de leurs peines, car leurs actes les suivent » (Ap 14,13). Réconfortés par ces paroles de l’Ecriture Sainte, aujourd’hui, nous présentons à Dieu, la longue vie du Prince Rainier III.
En reconnaissance pour tous les bienfaits que nous avons reçus de lui, nous assurons le Prince Rainier de notre prière fraternelle. Que Dieu, dans sa douce miséricorde, lui pardonne, ses péchés et ses faiblesses. Qu’il le reçoive dans son Royaume de paix et de lumière où « la mort n’existera plus » (cf. Ap 21,4).
Unis autour de notre Prince Souverain, S.A.S. le Prince Albert II et de sa famille, prenant exemple sur le chemin parcouru avec le Prince Rainier, dans la joie de la foi chrétienne et avec l’aide de Dieu, la Principauté de Monaco, fière de son identité, fidèle à ses valeurs spirituelles, poursuivra sa route et écrira encore de grandes et nobles pages de son histoire.
Enfin, prions les uns pour les autres : que le Seigneur Dieu fasse grandir notre foi en la résurrection de Jésus Christ et nous donne de savoir aimer Dieu et nos frères ; que le Seigneur Dieu fasse de nous des artisans de paix et d’Evangile. Alors, un jour, après les larmes et le deuil, avec tous ceux que nous avons connus et aimés, nous irons à la rencontre du Christ, lui qui est notre vie et notre espérance.
SAS le Prince Souverain Rainier III

réf : Photo Pool

La Princesse Royale de Hanovre dans l'affliction avec sa fille Charlotte Casiraghi ref: 66543

Arrivée de la Déléguation du Président Jacques Chirac à la Cathédrale ref: 66564

ref: 66216

ref: 66595

ref: 66262

ref: Photo Pool

Charlotte Casiraghi entourée de ses frères Andrea et Pierre ref: 66543

S.A.S. Le Prince Souverain Albert II réf : 9759

S.A.S. La Princesse Stéphanie très affectée entourée de ses neveux Andrea et Pierre Casiraghi réf : 9759

La Princesse Ira de Furstenberg réf : 66556

Clotilde Courau, princesse de Savoie, au côté du prince héritier d' Italie réf : 66459

Le roi d' Espagne Juan Carlos ref: 66543

LL.AA.SS Le Prince Albert II et la Princesse Stéphanie, S.A.R. la Princesse de Hanovre ref: 66331

La famille Princiére tous autour du Souverain ref: 66279

Karl Lagerfeld ref: 66474

Le roi d ' Espagne Juan Carlos ref: 66398

Photos Olivier Almondo
Mis en ligne le: 11/04/2005 à 09h38 (Paris)
![]()